Le blog de Marcus Zundel

28 mai 2010

Les drogues psychédéliques et l'expérience mystiques

 psychedelique

par Alan Watts
(tiré du livre Matière à réflexion aux éditions Denoël Gonthier initialement un article écrit pour une revue californienne en janvier 1968)

On décrit souvent en termes religieux les expériences qui procèdent de l'emploi des drogues psychédéliques. Elles présentent donc de l'intérêt pour ceux qui, comme moi, se préoccupent, à l'instar de William James, de la psychologie de la religion.

Depuis plus de trente ans j'étudie les causes, les conséquences et les circonstances de ces états de conscience particuliers où l'individu se perçoit comme formant une seule entité avec dieu, avec l'univers, avec la Base du Monde, ou tout autre nom que son conditionnement culturel ou sa préférence personnelle l'aura amené à choisir, pour désigner la réalité fondamentale et éternelle. Pour de telles expériences nous ne possédons aucun nom adéquat et définitif.

Les termes "expériences religieuses", "expériences mystiques", "conscience cosmique", sont tous trop vagues et trop compréhensifs pour désigner ce mode de conscience distinctif qui, pour ceux qui l'ont vécu, est aussi réel, aussi bouleversant que la rencontre avec l'amour.

Dans cet article je cherche à décrire de tels états de conscience lorsqu'ils sont provoqués par des drogues psychédéliques, encore qu'il soit quasiment impossible de les différencier des expériences mystiques authentiques. La discussion porte ensuite sur les objections qui ont été formulées contre l'emploi des drogues psychédéliques, et qui ont leur origine dans l'antagonisme qui existe entre les valeurs mystiques et les valeurs traditionnelles, religieuses et laïques, de la société occidentale.

Dans les sociétés occidentales on n'accepte pas sans difficulté l'idée d'expérience mystique procédant de l'emploi de drogues. Historiquement, la culture occidentale a toujours été attirée par la valeur et la vertu de l'homme en tant que "moi" individuel, responsable, possédant son libre arbitre, capable de se maîtriser lui-même et de contrôler son milieu, grâce au pouvoir de l'effort et de la volonté exercés consciemment. Rien donc ne pourrait paraître plus haïssable à cette tradition culturelle que le concept de développement spirituel ou psychologique par le truchement des drogues.

Par définition, une personne "droguée" a la conscience obnubilée, le jugement brouillé, la volonté sapée. Mais il se trouve que les drogues psychotropiques (qui modifient la conscience) ne sont pas toutes narcotiques ou soporifiques, comme le sont l'alcool, les opiacés et les barbituriques. Les effets de ce que nous appelons à présent les drogues psychédéliques (révélatrices de l'esprit) sont différents de ceux de l'alcool, tout comme rire est différent de la colère et la joie différente de la dépression. Il n'y a en fait aucune comparaison entre "planer" au LSD et "être ivre" au whisky.

Il ne faut pas conduire une automobile dans l'un ou l'autre de ces états, c'est vrai, mais il ne faut pas non plus le faire en lisant un livre, en jouant du violon, ou en faisant l'amour. Il existe des activités et des états d'esprit qui exigent une application, une abnégation, tout à fait incompatibles avec la conduite d'un engin meurtrier sur une grande route.

J'ai moi-même expérimenté cinq des principales drogues psychédéliques : le LSD-25, la mescaline, la psilocybine, la diméthyl-tryptamine (DMT), et le cannabis. Je l'ai fait, tout comme William James avait essayé le protoxyde d'azote, afin de voir si elles pouvaient m'aider à identifier ce que l'on pourrait appeler les composants "essentiels" ou "effectifs" de l'expérience mystique. Car la quasi-totalité de la littérature classique qui traite du mysticisme est imprécise, non seulement dans la description de l'expérience elle-même, mais aussi dans la démonstration d'une corrélation rationnelle entre l'expérience et les diverses méthodes traditionnelles conseillées pour la provoquer (le jeûne, la concentration, les exercices respiratoires, la prière, les incantations et les danses). 

Un maître traditionnel Zen ou du Yoga, lorsqu'on lui demande pourquoi certaines pratiques mènent ou prédisposent à l'expérience mystique, répond invariablement "c'est ainsi que mon maître me l'a appris. C'est ainsi que je l'ai découvert. Si cela vous intéresse vraiment, faites en vous même l'essai". Cette réponse est loin de satisfaire un Occidental indiscret, à l'esprit scientifique et à l'intelligence pleine de curiosité. Elle lui rappelle ces ordonnances médicales archaïques où l'on combinait cinq salamandres, de la corde de pendu pulvérisée, trois chauves-souris bouillies, un scrupule de phosphore, trois pincées de jusquiame, une louche de dragon déposée lorsque la Lune se trouvait sous le signe des Poissons. Ça marchait peut être, mais quel en était l'ingrédient principal ?

L'idée m'est alors venue que, si certaines des drogues psychédéliques pouvaient en fait prédisposer ma conscience à l'expérience mystique, je pourrais les utiliser comme instruments pour faciliter l'étude et la description de cette expérience, tout comme on se sert d'un microscope en bactériologie, même si celui-ci n'est qu'un appareil "artificiel" et "contre nature" dont on pourrait dire qu'il "altère" la vision à l'œil nu.

Cependant, lorsque j'ai été invité pour la première fois à mettre à l'épreuve les attributs mystiques du LSD-25, par le docteur Keith Ditman de la clinique neuro-psychiatrique de l'Ecole de médecine de l'université de Californie à Los Angeles, je n'étais guère disposé à croire qu'un vulgaire produit chimique puisse provoquer une expérience authentique. Tout au plus en attendais-je un degré d'intuition métaphysique, analogue à ce que serait la nage à l'aide de vessies pneumatiques. A la vérité, ma première expérience avec du LSD-25 n'a rien eu de mystique. Ce fut une expérience esthétique et intellectuelle passionnante, qui était comme une gageure, exigeant le maximum de mes facultés analytiques et descriptives.

Quelques mois plus tard, en 1959, j'ai fait un autre essai de LSD-25, avec les docteurs Sterling Bunnel et Michael Agron, qui étaient alors attachés à la clinique Langley-Porter de San Francisco. Au cours des deux essais j'ai été étonné et quelque peu déconcerté de me voir passer par des états de conscience qui correspondaient à toutes les descriptions d'expériences mystiques que j'avais jamais lues(1). De plus ils étaient plus profonds et singulièrement plus inattendus que les trois expériences "naturelles et spontanées" que j'avais déjà vécues au cours des années précédentes.

A la suite d'expériences ultérieures avec le LSD-25 et les autres drogues mentionnées plus haut (à l'exception du DMT, que je trouve amusant, mais relativement peu intéressant), j'ai découvert que je pouvais passer avec facilité en état de "conscience cosmique", et le moment est arrivé où j'avais de moins en moins besoin des drogues elles-mêmes pour "m'accorder" sur cette "longueur d'onde" spécifique d'expérience.

Des cinq drogues psychédéliques essayées, j'ai trouvé que le LSD-25 et le cannabis seyaient le mieux à mon dessein. De ces deux, la dernière, qu'il m'a fallu utiliser à l'étranger dans des pays où elle n'est pas mise hors la loi, s'est montrée la meilleure. Le cannabis ne provoque aucune modification insolite de la perception sensorielle, et la recherche médicale semble indiquer qu'il n'aurait pas, à moins de grand excès, les effets secondaires dangereux du LSD, comme par exemple les épisodes psychotiques. 

Dans le cadre de cette étude , lorsque je décris mon expérience avec les drogues psychédéliques, j'évite d'inclure les modifications insolites et accessoires de la perception sensorielle que peuvent parfois provoquer les produits chimiques psychédéliques. Je me préoccupe plutôt des modifications fondamentales de la conscience normale, socialement engendrée, que l'on a de son existence personnelle propre et de sa relation avec le monde extérieur. J'essaie de décrire les principes fondamentaux de la conscience psychédélique. Mais il faut ajouter que je ne peux parler qu'en mon nom propre. La qualité de ces expériences dépend beaucoup de ce qu'étaient antérieurement l'orientation et l'attitude du sujet envers la vie. Cependant, la littérature descriptive, à présent volumineuse, qui décrit ces expériences, est en remarquable accord avec les miennes.

Mon expérimentation avec les drogues psychédéliques a fait ressortir presque toujours quatre caractéristiques dominantes. Je vais essayer de les décrire et je m'attends que le lecteur dise, au moins de la deuxième et de la troisième, "mais c'est l'évidence même et point n'est besoin de se droguer pour découvrir cela". C'est vrai, mais chaque révélation se fait à plusieurs niveaux d'intensité. Il peut y avoir évident et évident et ce dernier survient avec une clarté fracassante, démontrant ses implications dans tous les domaines et toutes les dimensions de notre existence.

 

 

(1) Watcher on the Hills (Le guetteur sur les collines) constitue une excellente anthologie de ce genre d'expériences, (New York, Harper and Brothers, 1959).

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27 mai 2010

À l'origine (film 2009)

Tiré d'une histoire vraie

film_origine_a

La fiche Wikipédia

Un film Français vraiment très particulier, original et poétique qui ne ressemble à aucun autre. Ne pas se fier aux critiques négatives des "pisse-froids".

 

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